*

Océan pacifiste


 

Nous prenons les armes

Pour faire taire

Cet enfant

Qui coupe la vie en deux.

Ce sont les mots qui parlent de nous.

 

C’est qu’en fait notre espoir disparaît avec la buée sur les vitres.

C’est qu’en fait il est furtif et sauvage, il est fugace et volatile.

Notre espoir se couche dans le chant des manifestantes

Et dans les démissions des canards cols blancs.

 

Notre espoir ne meurt pas avec l’automne et ses feuilles ne tombent pas,

Éternellement vivaces et 

Pas caducs

Pour un sou.

 

J’ai mis

De l’huile sur mes poils

Pour au soleil

Le faire revenir.

 

Je le connais bien,

Et

Tout chez lui

Crie

Touchez moi.

 

Les rues de l’enfance

Sont des décors

Que nous traversons

Et dont nous brûlons les murs sur notre passage.

 

Nous avons été spectateurs

Et nous voilà

Au centre.

 

Un enfant

Nous lui prenons la main et

Nous la serrons trop fort

Comme pour le punir

Quand il croit qu’on le console.

 

De ses larmes naissent des fleurs

Dont nous disperserons les graines

Au printemps.

 

Nous gagnons la bataille,

navale.

On surfe sur ses pleurs.

 

Et, 

dans le creux d’une vague, 

Nous prenons les armes.

 

 

Septembre

 

Septembre

Et nous longeons

En voiture

Les murs de béton.

 

Ce soir devant la porte,

Assis sur les marches,

Nous mangerons des burgers au coucher du soleil

Et nous sentirons

Que les vacances,

Du bout d’un doigt graissé,

Touchent à leur fin.

 

 

Canal Lacrymal

 

Canal lacrymal et bras ouverts

On accueille le printemps.

Au jardin, la larve de hanneton sort de terre 

Et mange les pissenlits par la racine.

 

Donnée éternelle pour l’instant : le soleil se lève toujours.

Tous les jours.

 

La suie de la nuit se disperse et s’efface.

Une grande bouffée d’air et mille projets en cours.

Une sorte de vapeur sur les vitres, 

Quand on fait du ménage elle coule sur les plantes aux bords des fenêtres.

 

Comme les gens dans la rue sont uniques.

Autant de visages que de chewing gum collés sur nos sols

On leur fait signe de la main et ils se dépêchent de répondre.

En deux temps, ils lèvent le bras, ouvrent la paume et remuent la main comme pour effacer les traces sur nos carreaux.

Merci. 

 

 

La cage de la langue 

 

La cage de la langue est la plus étroite et la plus solide de toutes.

Elle se resserre parfois et se détend en claquement de doigts comme les lèvres qui renferment les dents et les cachent à la vue.

 

La cage de la langue est grande et multiple et plus on veut la quitter plus elle s'agrandit jusqu'à se contenir elle même poubelle géante décharge à ciel ouverte et caverne magique et cadeaux sous le sapin au matin elle inspire et expire avec nous toutes et tous dans un élan haleine et par la mâchoire qui écrase ou libère. 

 

La cage de la langue n'existe pas si nous la taisons c'est un jardin d'hiver on a cru à une cage à cause du fer forgé mais c'est une véranda on a cru à une cage mais c'est un étendoir à linge et il sèche au vent dessus et emporte sur le monde ses odeurs de lavande qui font le tour de la terre dans le séchoir centrifuge de l'atmosphère et la langue se libère par l'odeur de lavande qui plane.

 

La cage de langue est la plus vicieuse des cages car elles nous fabrique inséparables perruches et nos pioupious sont des sons vains et le salut qui vient n'est qu'un silencieux bruit non parole et non vocabulaire et le bruit n'est rien d'autre qu'un son jugé sale et pourtant la langue le délie et l'autorise dans sa bonté involontaire et elle le met à manger dans la bouche qui le tue et le tait pour jamais.

 

Nous écrirons nos poèmes hors cage et 

 

nous n’aurons pour seule richesse que la rime pauvre.

 

 

Nous sommes 

 

Nous sommes dans le lieu commun de la langue

 

Ils voulaient le voler c’est raté nous l’avons.

 

Nous reformulerons nos bateaux pour voyager dessus et nous retrouver toutes et tous ensemble dans le lieu commun de la langue, celui qui dit les plus belles choses.

Si ça n’est pas assez nous en créerons d’autres encore, plus gros, plus énormes, pour les vagues à venir et plus poussés par l’espoir pour les mers d’huile et le calme d’après nos tempêtes.

 

Ils ne l’ont pas pris c’est raté nous l’avons.

 

Avec le dessous de la langue et la bave nous lavons ce pas pris et babillons ensemble pour fabriquer le mieux le meilleur le plus doux.

Nous avons détruit le langage de l’état pour l’offrir à l’air libre, aux rivières qui s’en vont. Il se minéralise en passant sous la roche avec elles et de l’autre côté de la montagne nous le buvons à la source toutes et tous à genoux.

 

Nous parlons parlons pour ne jamais mourir et nous nous rendons invincibles et nous pouvons tout vaincre même le feu même l’orage qui n’existent pas si nous nous refusons à les nommer enfin.

Tours du Babil 

 

Tours du babil

Pour liberal babies

Et aussi 1000 fenêtres

Avec vue sur la rainforest et les reflets des gratte ciels sur d’anciens marécages

 

On est dans du nourricier

Dedans les gens

Vivent dedans

 

Toutes et tous si seules et si seuls et les uns et les unes sur les autres d’étages en étages

Et plus ça monte

Plus ça peut viser loin l’horizon par le hublot

 

On dit qu’on veut être à l’étage le plus haut pour montrer qu’on a réussi.

C’est mentir.

On veut être à l’étage le plus haut pour regarder les arbres au loin, 

Et,

Doucement,

Par la vitre entrouverte,

Apercevoir la terre qui promet l’échappée depuis le haut d’une tour libre échange et vitres en verre dans les catalogues de skyline Manhattan et olive 

sur le cocktail

 

Cosmopolitain.